Avenue du Port

300 platanes sauvés de justesse, 1.500.000 pavés menacés de disparition

RETROUSSER SES MANCHES

Posted on | septembre 10, 2015 |

C'est pas le travail qui manqueL’avenue du Port est une avenue industrielle et portuaire, tracée en 1903 pour desservir le site emblématique de Tour et Taxis.  Elle a été conçue pour un trafic intense, lourd, et lent. Malgré son peu d’entretien, cette avenue composée d’un million et demi de pavés de porphyre a résisté au temps.  C’est la dernière avenue portuaire conservée en Belgique.

Bien que les règles de l’art du pavage solide sur sable soient en déshérence1, la possibilité technique de la rénover existe. En réalité, elle s’impose.

La rénovation s’impose pour des raisons sociales et économiques

La Région, dans son accord de gouvernement, met très fortement l’accent sur l’emploi, et c’est fort bien.

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’entreprise qui crée l’emploi, mais le client. En effet, si l’entreprise ne crée pas l’emploi, c’est tout simplement parce qu’elle n’est pas maîtresse de son carnet de commandes.  Si les commandes affluent, alors –éventuellement– l’entreprise créera de l’emploi pour satisfaire la demande de ses clients.  Les commandes ne dépendent que de la capacité de dépense du client.

Or, en matière de Travaux Publics, le client c’est nous, la Région.

Nous possédons un gisement d’emplois non délocalisables pour des travailleurs infra-qualifiés, à savoir des paveurs.

Étant le client, nous pouvons imposer nos conditions.

  • Conditions relatives à l’exécution technique.  Nous pouvons imposer la méthode de la pose traditionnelle de pavés sur sable dans le cahier des charges ;
  • Conditions relatives à l’engagement de travailleurs infra-qualifiés.  Nous pouvons imposer l’engagement de stagiaires paveurs dans le cahier des charges;
  • Conditions relatives à la réutilisation des matériaux.

Nous sommes capables de former les paveurs qui nous manquent. Ce faisant, Bruxelles Formation serait probablement le seul organisme d’Europe à qualifier des travailleurs maitrisant les techniques anciennes du pavage, assurant à ses bénéficiaires (des Bruxellois) un avantage compétitif dès lors que les marchés publics imposeraient les conditions qui précèdent.

L’immense avantage du pavage traditionnel est que les pavés de porphyre -une roche belge très dure- sont indéfiniment réutilisables.  Il faut cependant les redresser tous les vingt ans, alors que ré-asphalter doit se faire plus fréquemment.  Repaver une chaussée comme l’avenue du Port procure de l’emploi à 10 paveurs pendant 9 mois, tous les vingt ans. Choisir des solutions à forte intensité de main d’œuvre locale plutôt que des solutions mécanisées mises en œuvre par des entreprises non bruxelloises, c’est choisir de favoriser l’émancipation par le travail des Bruxellois, plutôt que les lobbies du béton et de l’asphalte. Et ce à un coût qui n’est pas forcément supérieur (20 €/m2, soit 600.000 €). Ajoutons que les chantiers nécessitant la pose de pavés sont nombreux à Bruxelles, dans le centre-ville historique mais aussi pour les bandes de stationnement le long de nombreuses voiries de quartiers habités, autant de chantiers qui pourraient donner de l’emploi aux Bruxellois.

La rénovation s’impose pour des raisons environnementales et de mobilité:

La pose traditionnelle de pavés sur sable est durable. Si les pavés sont posés sur sable, et non noyés dans le ciment, ils sont indéfiniment récupérables. Cela représente une importante économie de matière (près de 7.000 m3 de béton dans le cas de l’avenue du Port), et une importante économie de transport (le matériau se trouve déjà sur place), sans compter une importante économie d’énergie grise (consommée par la fabrication du ciment, qui est de la pierre calcaire calcinée à haute température).2

L’avenue du Port se situe dans un quartier industriel abritant des fonctions nécessaires à la Région, fonctions d’approvisionnement en matières diverses. Ce quartier abrite le futur centre d’entreprises Greenbizz, en attendant, qui sait, un centre de formation (qui pourrait accueillir les apprentis paveurs, le monde est bien fait) destiné aux métiers de la construction sur le terrain adjacent du Port de Bruxelles. Ce quartier nécessite des voiries larges, permettant aux camions de manœuvrer, tout en ralentissant les voitures, ce qu’apportent les pavés, régulateurs naturels de vitesse.3

Ajoutons que conserver les pavés n’implique pas la suppression des pistes cyclables. Celles-ci existent maintenant et permettent la cohabitation pacifique des cyclistes et piétons qui l’empruntent.

La rénovation s’impose enfin parce qu’elle redonne aux Bruxellois la dignité.

L’avenue du Port est le témoin d’un temps où l’on façonnait la ville avec ses mains, elle est l’œuvre de l’homme, de l’artisan qui avait le souci du travail bien fait, beau et résistant au temps. Ce temps qui a vu naître et disparaître la Maison du Peuple à cause de ceux qui ont laissé faire la technocratie et l’argent. Rénover dans les règles de l’art, c’est célébrer ce temps où le travail manuel procurait fierté et satisfaction, exactement ce dont nos jeunes ont aujourd’hui le plus grand besoin.

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1. Les entreprise de travaux publics préfèrent de nos jours noyer les pavés dans le ciment : du travail vite fait, moins solide, et qui rend les pavés irrécupérables.
2. Énergie grise du béton non armé = 500 kWh/m3. Pour produire 7.000 m3 de béton, 3.500.000 kWh sont consommés: de quoi chauffer un appartement bruxellois pendant 200 ans !
3. A l’allée Verte, artère parallèle voisine asphaltée les radars de la police ont constaté des vitesses de 164 km/h en direction du centre et de 152 km/h en direction des faubourgs.

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