Les platanes
A chaque fois que des plans sont élaborés pour le réaménagement d’une avenue, d’une place ou d’une rue importante, les arbres existants deviennent soudainement malades. La récurrence de ce genre d’argument le rend plus que douteux. Nous tenterons de dresser ci-dessous l’inventaire des arguments valides pour l’abattage des platanes, puis d’évaluer si la balance penche en faveur ou non de cet abattage.
Malades
“Suite à une étude menée par un bureau spécialisé, il semble que pas mal d’arbres se trouvent en mauvaise santé. Lorsque plus de 60% des arbres semblent devoir être remplacés, le processus de rénovation est enclenché.” dixit la ministre Brigitte Grouwels. L’étude phytosanitaire du bureau ARBORIS ne mentionne que “24 éléments affaiblis ou dangereux”, dont 11 ont déjà été supprimés en 2005. Ce qui fait bien moins de 10% du total des arbres. Le cabinet de la ministre persiste sur le nombre de 150 arbres malades : mais où sont donc les études qui attestent de cela ? Tant que la ministre n’aura pas fourni des informations probantes, nous considérerons ses affirmations comme des MENSONGES.
Il vous est possible de consulter une partie de l’étude phytosanitaire en téléchargeant ce document pdf (3,7MB). Notons que le cabinet du ministère de la mobilité refuse de publier l’intégralité de l’étude.
“La pollution atmosphérique urbaine, la pauvreté du sol et les nombreuses blessures causées par les élagages à répétition et les collisions de camions réduisent leur espérance de vie.” mentionne la demande de permis de construire. Toutefois, le platane est un arbre que l’on plante volontiers en ville en vertu justement de sa résistance face à la pollution de l’air. Le platane est de surcroît endurant à un sol sec et pauvre : c’est d’ailleurs l’une des raisons qui incitent les autorités du Sud de la France à répandre cette essence particulière dans leur région. Les platanes sont également présents dans d’autres coins de Bruxelles où ils subissent les élagages excessifs de l’Administration de l’Équipement et des Déplacements (Bruxelles Mobilité) : leur très grande robustesse est avérée, ce qui n’empêche que les services de Bruxelles Mobilité pourraient s’occuper avec plus de précaution des arbres dont ils ont la responsabilité…
La ministre est donc apparemment soucieuse de la santé des arbres, mais l’est-elle aussi de la santé et du bien-être des riverains et de ceux qui travaillent dans les environs ? Pour les riverains, ces arbres constituent un poumon vert dans ce qui est l’un des quartiers les plus pollués de la Région bruxelloise. Leur feuillage exceptionnel de par son ampleur protège les alentours de la poussière et du sable fin produits par les différentes industries et fabriques de béton situées le long du canal.
Les racines
“Beaucoup d’arbres dévastent avec leurs racines le dallage, les rigoles et le revêtement des trottoirs !” peut-on lire dans la demande de permis de construire. En se promenant le long de l’avenue, on constate en effet que de nombreuses racines sortent de terre, gênant fortement les piétons et les cyclistes. Gardons bien à l’esprit que c’est là le résultat de 40 années de laisser-aller total ; de plus, il n’a jamais été question, à certains endroits, de trottoirs mais simplement d’une piste de sable délabrée.
Nous partons du point de vue que lorsqu’on a une décision à prendre par rapport à des arbres aussi précieux et aussi majestueux, ce n’est pas aux arbres à s’adapter à un éventuel réaménagement, mais bien aux concepteurs d’adapter leurs plans aux arbres. Il existe par ailleurs des solutions pour remédier aux conséquences négatives de la présence de racines : surélever les trottoirs et les pistes cyclables, concevoir des trottoirs en dolomite et des pistes cyclables en végécol (et pas en béton),… mais pour cela il doit y avoir une volonté de les appliquer. Or, pour l’instant, on se heurte à un refus borné d’envisager ces options.
Il y a cependant suffisamment d’exemples de réaménagement où l’on a bel et bien trouvé des remèdes aux racines apparentes :
- L’avenue Prudent Bols à Laken
- L’avenue Jean-Baptiste Depaire à Laken
- Le quai aux Pierres de taille à Bruxelles
- Il y a quelques années à Anvers, eut lieu le colossal réaménagement des boulevards de la ville. Les platanes existants furent temporairement enlevés pour les replanter une fois les travaux terminés (voir les travaux en images). En ce moment, deux nouvelles rangées de platanes sortent de terre, longeant une nouvelle ligne de tram dans les rues de Londres et d’Amsterdam. Le platane semble donc avoir de beaux jours devant lui.
Homogénéité
La demande de permis de construire dit ceci : “L’avenue du Port présente une grande homogénéité visuelle due à la double rangée de platanes et à la large chaussée de pavés”… Mais aussi ceci : “Lorsqu’on y regarde de plus près, on constate que plusieurs arbres ont déjà disparu et que les nouvelles plantations ne permettent pas l’harmonie avec les arbres d’origine.”
Le constat est donc fait qu’il existe une importante homogénéité visuelle dans l’avenue du Port grâce aux rangées de platanes, mais qu’il manque çà et là quelques spécimens. Il est pourtant parfaitement envisageable de développer, dans un contexte urbain, une stratégie évolutive du vert. Une planification basée sur la continuité et le développement en harmonie avec la nature, une gestion du végétal en ville qui donne libre cours à la nature et n’intervient que lorsque cela s’avère nécessaire.
D’un autre côté, certains arbres se font vieux et il vient un temps où il convient de les remplacer. Si cela est fait étape par étape par le remplacement d’un arbre sur trois toutes les x années ou par le remplacement systématique des arbres malades, on pourrait tout à fait protéger durablement une rangée d’arbres de la mort et par la même occasion une avenue agréable et ombragée.
En cas de réaménagement, il faudra combler les espaces vides avec de jeunes platanes. L’homogénéité ne sera pas parfaite, mais cela vaudra toujours mieux que le méli-mélo qui se trouve au programme : vous pouvez vous en rendre compte en faisant un tour du côté de l’Allée Verte qui se situe à deux pas.
De plus, il faudra compter 30 ans pour que les jeunes arbres atteignent des proportions en adéquation avec l’avenue. Et il faudra être aux petits soins ! En cas de temps sec, ils ne pourront se passer d’arrosage. Les platanes existants, eux, en ont vu d’autres…
Biodiversité
Le platane, en tant qu’archéophyte (c’est-à-dire une plante exotique qui est arrivée dans nos contrées il y a des lustres), ne contribue pas beaucoup à la biodiversité de nos bois. Le nombre d’espèces d’insectes qui y évoluent est très limité et rares sont les oiseaux autochtones qui y trouvent un abri. En tant qu’arbre de ville bordant rues et avenues, sa plus-value est autrement plus intéressante.
Si l’on veut rendre service à la biodiversité, alors il vaut mieux planter la plus grande variété possible d’espèces d’arbres dans le parc qui devrait voir le jour sur le site de Tour & Taxis. Les plans de Michel Delvigne laissent en tout cas transparaître un projet allant dans ce sens. Ce parc a par ailleurs l’ambition de s’intégrer au maillage bleu de la Région : l’un des buts de ce maillage est de réaliser la liaison entre les différents points d’eau et de prévenir les risques d’inondations. Certains cours d’eau sont interrompus en divers endroits : c’est le cas du Geleytsbeek ainsi que du Molenbeek. Le projet a l’intention de leur rendre leur continuité en reliant les différents bouts de rivière et de faire en sorte qu’ils se jettent à nouveau dans la Senne. Le réaménagement de l’avenue du Port tel qu’il est prévu fera obstacle à ce projet.
Dans ce contexte, la biodiversité serait plutôt avantagée par le maintien de l’imposante biomasse de l’avenue du Port que par la plantation d’arbres à la taille dérisoire dont la masse de feuilles serait très limitée. Ce sont d’ailleurs les seuls grands arbres des environs, mis à part une dizaine de spécimens qui se dressent dans le jardin de l’école des Ursulines (rue Drootbeek à Laken).
Les arbres par lesquels la Région voudrait remplacer les platanes ne sont d’ailleurs pas plus authentiques dans nos régions :
- Le noisetier de Byzance (Corylus colurna) provient de l’Europe du Sud-Est et du Sud-Ouest de l’Asie (des Balkans jusqu’au Nord de l’Iran. Grandeur : 12 à 15m.
- Le frêne rouge de Pennsylvanie (Fraxinus pennsylvanica) est, au même titre que les platanes, un archéophyte, dont les origines sont à trouver… en Amérique du Nord bien sûr. Grandeur : 12 à 25m.
- L’érable de Norvège est quant à lui bien un arbre européen. Grandeur : jusqu’à 30m.
Enfin, nous ne pouvons vous laisser sans quelques dernières informations spécifiques concernant les platanes : ce sont de grands arbres qui peuvent atteindre 25 à 55m de hauteur. Ils ont une espérance de vie considérable (quelques centaines d’années voire plus d’un millénaire). Les plus vieux spécimens de l’avenue du Port ont été plantés en 1927.
Voici les raisons qui selon nous pourraient justifier l’abattage des arbres :
- Il est bien plus simple d’établir de nouveaux plans en partant de zéro. Cela demande plus de créativité de s’adapter à une situation existante.
- Cela gène les travaux. Il faut être plus délicat pendant les travaux pour ne pas abîmer les platanes existants, surtout le grands.

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