Avenue du Port

300 platanes menacés par l'abattage, 1.500.000 pavés menacés de disparition

Protection du patrimoine

En un coup d’œil

  • Cette avenue est un axe industriel majeur de Bruxelles qui n’a pratiquement pas changé depuis sa conception il y a plus d’un siècle, ce qui est exceptionnel.
  • L’histoire de Tour & Taxis et celle du quartier maritime sont intimement liées à l’histoire de l’avenue.
  • Une avenue bordée de 300 platanes centenaires, en plein cœur de la ville, est un élément du patrimoine en soi.
  • Les pavés (belges) utilisés sont une caractéristique de nos villes, mais qui disparaît de plus en plus.
  • Le choix de pratiquer des revêtements de sol de couleurs différentes nuirait à l’esthétique globale du site, alors que les matériaux choisis au début du XXe siècle offrent une remarquable harmonie.
  • Une quantité de panneaux routiers et d’autres aménagements, ainsi que la plantation de trois espèces d’arbres différentes, vont défigurer l’avenue et anéantir l’exceptionnelle perspective qu’elle offre depuis une centaine d’années.
Havenlaan 1963

Le tram 40 venant de l'avenue de Tervuren fut prolongé en 1963 via l'avenue du Port, la rue Claessens et la rue Marie-Christine jusqu'à la place de Bockstael. Mais cela ne dura pas : le 16 avril 1968, la ligne est supprimée et les trams ont définitivement quitté l'avenue du Port.

 

Plus en détail

“Le projet est partiellement situé dans la zone de protection qui entoure le Monument au Travail. Il longe, en outre, un des sites les plus emblématiques de la Région bruxelloise, le complexe de Tour et Taxis, et d’autres monuments remarquables tels que le siège du Port de Bruxelles (situé à l’angle formé par l’avenue du Port et la Place des Armateurs). Tout comme le canal et les voiries situées sur l’autre rive, l’avenue du Port constitue un ensemble remarquable et un témoin important du développement industriel de la Ville. Elle joue aujourd’hui encore un rôle économique essentiel dans la Région. Outre l’intérêt lié à son implantation, elle constitue aussi un élément majeur du paysage urbain en raison de son gabarit, de son alignement de platanes et de la qualité des matériaux mis en œuvre (revêtement en pavés naturels).”

C’est par ces mots que commence le rapport de la Commission royale des Monuments et Sites, qui a émis un avis défavorable au projet du cabinet de Mme Grouwels. L’avenue du Port présente en effet un aspect patrimonial certain. Voici les arguments de la Commission.

  • L’histoire de cette avenue va de pair avec le développement du quartier maritime et du site de Tour & Taxis.
  • Les pavés de porphyre proviennent des carrières de Quenast. Posés par des corps de métier spécialisés en 1906-1907, dans les règles de l’art, ils sont encore aujourd’hui dans un état remarquable, malgré le manque d’entretien flagrant. Le revêtement de l’avenue constitue donc un élément majeur de son intérêt patrimonial. Plus d’info sur les pavés ici.
  • L’avenue est un témoin exceptionnel de l’importance de l’histoire des infrastructures industrielles et du développement du quartier maritime de la Région. Elle constitue un élément non négligeable de notre patrimoine, axe industriel parmi les plus importants de Bruxelles qui a pu préserver jusqu’à aujourd’hui l’essentiel de ses caractéristiques.
  • L’avenue est définie par le PRAS (Plan régional d’Affectation du Sol) comme un axe structurant et est repris dans une zone levier du PRD (Plan régional de Développement), ce qui implique la nécessité d’une vision globale de son évolution liée aux quartiers qu’elle traverse. Vision globale insuffisante car le projet semble s’appuyer davantage sur la situation actuelle que sur les autres projets qui définiront la ville de demain (notamment celui du développement de Tour & Taxis ou de la rue Picard). Manque évident de vision à long terme de ce que cet axe pourra et devra apporter à la Région dans le futur.
  • 115.000 tonnes de matériaux vont devoir être déplacées (pavés + terre + nouveau revêtement), soit 5000 camions de 25 tonnes de charge, soit une file de 150 km en circulation en ville ou 300 km sur autoroute. En comptant le retour à vide, cela fait 172.500 tonnes sur nos routes.
  • la manière dont la nouvelle voirie est conçue rendrait toute intervention et réparation ponctuelle extrêmement difficile et éphémère.
  • La qualité paysagère du site et l’unité exceptionnelle des matériaux judicieusement mis en œuvre jadis sont mises en péril par le choix des différentes couleurs au sol.
  • L’espace est divisé et non partagé. Le projet complexifie l’espace public en amenant une série d’aménagements qui perturbent sa lecture et anéantit la longue perspective de l’avenue offerte par son tracé rectiligne. Par contre, là où un meilleur aménagement – notamment pour les piétons sur la rue Claessens, difficile et dangereuse à traverser avec pourtant la présence d’une école – s’avère indispensable, le projet n’offre aucune solution. Une simplification de l’aménagement est indispensable sur tout le tracé.
  • Tout doit être mis en œuvre pour sauvegarder les platanes plantés vers 1927 qui sont essentiels pour la structuration de l’espace urbain. L’argument mis en avant dans le projet de “créer une nouvelle image structurante” et l’abattage des arbres sont totalement contradictoires. La Commission estime que la proposition témoigne d’une erreur d’appréciation des ordres de grandeur, des enjeux et de l’échelle de l’avenue du Port dans la revalorisation de ce morceau de ville. Elle montre aussi le peu de cas que l’on fait aujourd’hui du rôle essentiel joué par les grands alignements d’arbres dans la lecture d’une ville en voie de minéralisation complète. Ajoutons à cela le manque de documentation fournie avec le dossier, qui permettrait de mieux juger la pertinence de l’abattage de ces arbres. La CRMS plaide pour l’application du principe de précaution vis-à-vis de la suppression d’un alignement d’une telle importance.
  • Quand bien même les platanes devraient-ils être abattus, l’alternance d’arbres à l’aspect et à la croissance différentes (essences différentes) telle que proposée est tout simplement inacceptable, car elle donnerait une allure chaotique à la perspective urbanistique et paysagère de l’avenue.
Zicht van Sainctelette op Havenlaan

Vue du pont de Sainctelette vers l'avenue du Port, avec Tour & Taxis à l'arrière-plan.

En conclusion

“La Commission estime que plusieurs aspects importants du projet devraient être réétudiés, notamment le choix du revêtement de la chaussée et le traitement de l’alignement d’arbres. Dans ce cadre, elle demande non seulement de prendre en compte l’intérêt de l’avenue du Port en tant que patrimoine urbain déterminant du Quartier maritime (Zichee), mais d’aussi envisager son réaménagement sous l’aspect du développement durable qui constitue un des défis majeurs de notre époque, en particulier en milieu urbain. Enfin, la Commission regrette que le projet actuel n’ait pas été clairement articulé sur les études et projets urbanistiques en cours d’élaboration pour le développement de l’ensemble du quartier de Tour et Taxis.”